MARC THIEBAUD
Le terme « dialogue » vient du grec : « διά » : « au travers, entre », et « λόγος » : la parole. Il renvoie à l’idée d’un flux qui passe à travers et entre les membres du collectif. Dans ce flux, le dialogue peut générer du sens commun et donner place à des émergence qui dépassent l’individu.
Selon Senge (1990), « pour les Grecs, dia-logos signifiait une libre circulation du sens au sein d’un groupe, permettant à ce dernier de découvrir des perceptions ou idées [« insights »] impossibles à atteindre individuellement. »
Nourri par l’écoute et l’ouverture à apprendre, la dialogue amène à se questionner, à approfondir ensemble la compréhension, à mettre en lien diverses perceptions, à élargir la vision.
Il se différencie d’une discussion ou d’un débat qui tend à séparer et qui vise à identifier les arguments pour élaborer une position ou défendre un point de vue, confirmer une représentation ou faire un choix entre différentes perspectives.
Pour des auteurs tels que Bohm (1996) ou Isaacs (1999), le dialogue nécessite de suspendre ses jugements et présupposés (pour écouter les autres) et de développer une attitude d’exploration ouverte, à la fois envers les autres, envers soi et envers les émergences potentielles dans le collectif.
Développer des conditions favorisant le dialogue
Les capacités de dialogue apparaissent de plus en plus nécessaires. Elles font cependant souvent défaut de nos jours où la division, la polarisation, le réductionnisme tendent à dominer face à la complexité à laquelle nous sommes confronté·e·s.
Il importe de construire des espaces susceptibles de favoriser le dialogue.
Un premier élément consiste à en clarifier le sens. Le dialogue n’est pas une discussion ordinaire. Il vise à ouvrir le coeur et l’esprit et explorer la diversité de points de vue pour favoriser l’émergence d’un nouveau sens commun. Il n’est donc pas toujours indiqué. Selon le moment et le contexte, il peut s’agir plutôt d‘évaluer la meilleure option, de se mettre d’accord ou de décider ce qu’on va faire. Le dialogue peut venir par exemple en amont de cela. Ou s’inscrire dans un espace dédié à l’apprentissage collectif.
Il apparaît aussi essentiel de prévoir suffisamment de temps et de se préparer à être disponible.
Par ailleurs, il est utile de se concerter sur les moyens de développer de la sécurité et de la confiance et de construire ensemble un espace confortable où la parole peut circuler, évoluer, ouvrir de nouvelles compréhensions et parfois aussi bousculer.
Pour commencer un dialogue, démarrer par une parole à tour de rôle est souvent facilitant et plus propice à favoriser une écoute attentive ainsi que l’expression de chaque personne.
Ensuite, il s’agit d’accueillir ce qui se passe comme une occasion d’apprendre, d’observer et de conscientiser ce qui est vécu.
Des partages « méta » permettent de soutenir les processus.
« Ce qui émerge entre nous nous transforme. »
Anonyme
Des activités structurées pour ouvrir et soutenir le dialogue
Avec Yann Vacher, nous avons récemment élaboré un outil pour faciliter le dialogue : Créalogue, la créativité au service du dialogue. Il propose des dizaines d’activités simples pensées comme un moyen de pratiquer pour apprendre le dialogue et apprendre par le dialogue en lien avec l’un ou l’autre des autres buts ci-après :
· Se rencontrer / créer le lien.
· Jouer en coopération
· Produire en intelligence collective
Toutes les activités peuvent être assemblées librement.
Elles permettent par ailleurs de développer la conscience de soi (auto-observation) et des échanges « méta » sur l’expérience vécue durant le dialogue.
Les bulles de dialogue offrent un autre moyen d’ouvrir des conversations qui ne sont pas des débats mais des cercles de paroles authentiques autour d’un sujet choisi. Elles procèdent selon un processus simple en 4 étapes :
1. Premier tour de parole par chacun·e
2. Deuxième tour d’approfondissement
3. Dialogue libre
4. Partage de ce qui a touché et inspiré chacun·e
Par ailleurs, des auteurs comme David Bohm ont proposé une pratique de dialogue en groupe dans laquelle les personnes développent la capacité à examiner leurs présuppositions, leurs pensées, leurs opinions, leurs croyances et leurs sentiments qui contrôlent subtilement leurs interactions.
Voir références sur la page https://www.cooperer.org/dialogue