Le terme « dialogue » vient du grec : « διά » : « au travers, entre », et « λόγος » : la parole.

Il renvoie à l’idée d’un flux qui passe à travers et entre les membres du groupe.

Selon Senge (1990), « pour les Grecs, dia-logos signifiait une libre circulation du sens au sein d’un groupe, permettant à ce dernier de découvrir des perceptions ou idées [« insights »] impossibles à atteindre individuellement. »

Le dialogue est nourri par l’ouverture à apprendre. Il questionne, il explore, il confronte en cherchant à approfondir la compréhension selon différents points de vue, à mettre en lien les éléments et à élargir la vision.

Il se différencie d’une discussion ou d’un débat qui tend à séparer et qui vise à identifier les arguments pour élaborer une position, confirmer une représentation ou faire un choix entre différentes perspectives.

Pour des auteurs tels que Bohm (1996) ou Isaacs (1999), le dialogue nécessite de suspendre ses jugements (pour écouter les autres) et de développer une attitude d’enquête ouverte, à la fois envers les autres, envers soi et envers les émergences potentielles dans le collectif.

 

Ressources et références

 

Flick, D. (1998). From Debate to Dialogue: Using the Understanding Process to Transform Our Conversations. Orchid Publications

L’auteure développe dans cet ouvrage les différences entre dialogue et débat.

Pour un résumé de trois pages :
voir et télécharger le PDF
ou
voir en bas de cette page

 

Marchand, M.-E. (2019). Vivre en dialogue à l’ère du texto. Presses de l’Université de Laval.

L’auteure présente dans cet ouvrage notamment six défis qu’elle nous invite à relever, en partageant à la fois son expérience et les pratiques qu’elle propose à cet effet.

  • Accepter d’être en lien
  • Ecouter jusqu’aux os
  • Suspendre nos présuppositions
  • Questionner avec une curiosité chaleureuse
  • Reconnaître le pouvoir de la parole et celui du silence
  • Co-créer un sens nouveau : le plaisir du dialogue.

Pour une entrevue entre Micheline Bourque et Marie-Ève Marchand dans lequel les 6 défis sont évoqués :
https://www.youtube.com/watch?v=ksbHUnt8TDo
(20 minutes)

 

Bohm, D. (2021). Le Dialogue: Cheminer vers l’intelligence collective. Eyrolles.

Bohm, D., Donald Factor, D. & Garrett, P. (2018). Le dialogue : une proposition. 7 pages.  
https://www.cooperer.org/wp-content/uploads/le-dialogue-selon-David-Bohm.pdf

https://www.bohmdialogue.org

David Bohm a proposé une pratique de dialogue en groupe dans laquelle les personnes développent la capacité à examiner leurs présuppositions, leurs pensées, leurs opinions, leurs croyances et leurs sentiments qui contrôlent subtilement leurs interactions.
« Ce qui est ici essentiel, c’est la présence de l’esprit du dialogue, lequel en bref représente la capacité à suspendre de nombreux points de vue, dans l’intérêt premier d’atteindre la création d’un sens commun. »

 

Isaacs, W. (1999). Dialogue: The Power of Collective Thinking

William Isaacs examine entre autres la manière dont le dialogue peut se développer progressivement.
Il décrit un processus en plusieurs étapes :

1. Les personnes ont des échanges superficiels, ils s’habituent à se parler entre eux, sans tension apparente.

2. Les personnes apprennent des techniques du dialogue mais les divisions apparaissent et la tendance est au débat

3. Les personnes explorent leurs différences, prennent du recul et apprennent à « penser ensemble » dans un dialogue réflexif

4.  Les personnes vivent un « flux de pensée », développent un dialogue créatif, génératif, ouvert aux émergences

 

 

Dialogue versus débat selon Deborah Flick 

 

Buts et principe général

Deborah Flick, parmi d’autres auteurs, propose des repères pour développer une culture du dialogue comme une alternative au débat. Si elle souligne que le processus de discussion « conventionnel » peut être utile dans des buts et des contextes spécifiques (par exemple pour décider rapidement d’un choix entre deux ou trois propositions), elle relève combien l’habitude de chercher à avoir raison en argumentant et en critiquant, sans s’intéresser à comprendre vraiment d’autres points de vue, peut être limitant.

Elle invite à développer la capacité à mobiliser une approche, non de discussion – débat, mais de compréhension qui nourrit une relation de dialogue.

Les avantages sont nombreux. Par exemple :

  • dans une relation individuelle, cette capacité permet de garder le lien avec quelqu’un avec lequel on est en conflit et de communiquer entre personnes qui ont des positions différentes, voire opposées ;
  • dans un collectif, elle donne la possibilité de construire une coopération dans laquelle la diversité est reconnue, une variété de points de vue est explorée et les potentialités créatives sont actualisées de manière optimale ;
  • dans une organisation, cette capacité permet de développer une culture ouverte à explorer les possibilités et à s’adapter à la complexité environnante et aux multiples changements.

Développer un dialogue requiert plusieurs éléments, qui ne sont pas si faciles à mettre en œuvre.
Le premier d’entre eux est sans doute l’écoute empathique. Une écoute active va de pair avec la capacité à suspendre ses idées, son avis pour aller à la rencontre d’autres points de vue. Il importe également que l’on puisse s’exprimer de manière authentique (ce qui nécessite sécurité et confiance) et que l’on soit ouvert.e à explorer, voire questionner ses propres façons de voir les choses.

Si l’on accueille ce que les autres personnes partagent, cela ne signifie pas que l’on est forcément d’accord avec elles. Cela indique que l’on privilégie à un moment donné, dans un contexte spécifique, une pluralité de perspectives, la recherche de compréhension (des autres et de soi) et que l’on va porter son attention à tout ce qui traverse la conversation et qui peut en émerger.

L’aménagement d’un espace de dialogue, la présence d’une personne capable de faciliter le processus et le développement de compétences et de repères s’avèrent souvent utiles, voire nécessaires.

Les principes favorisant le dialogue, comme ceux présents dans une discussion – débat, renvoient à des registres des cartes « communication ». Ces cartes peuvent être utiles pour développer les comportements correspondants à chacune des deux approches.

 

Les principes du dialogue (versus débat) en résumé

Utilisation

Les repères proposés entre autres par Deborah Flick permettent de réfléchir aux modalités de communication que l’on veut favoriser. Il s’agit de distinguer les situations dans lesquelles le dialogue est indiqué et celles dans lesquelles une discussion – débat est à privilégier.

  • Est-ce que l’on veut communiquer pour explorer la nature d’un problème ou d’un défi auquel on est confronté ?
  • Ou est-ce que l’on veut communiquer pour décider rapidement d’une action à mener ?

Le dialogue valorise une approche divergente, ouvrant sur de multiples perspectives.

La discussion cherche quant à elle une convergence, la définition d’une position ou d’un choix unique.

Si le dialogue est souvent difficile à construire et qu’il est, par exemple dans les réunions, souvent réduit, on constate que les résultats souffrent fréquemment d’un manque d’élargissement de la vision. On pense que l’on n’a pas le temps pour dialoguer. Or le temps que l’on a consacré au dialogue est souvent regagné au moment de la décision, qui est facilitée par la compréhension partagée des enjeux de la situation. Le dialogue procure par ailleurs un sentiment de compréhension mutuelle qui satisfait des besoins humains fondamentaux.

Les habitudes acquises contribuent également à ce que la discussion prenne souvent le dessus.

Tant au niveau individuel que collectif, l’utilisation de repères facilite l’apprentissage et le développement du dialogue. Les cartes « communication » peuvent être utilisées à cet effet.

 

Suggestions d’activités

A) Pour aider la conscientisation du dialogue

On peut utiliser les cartes correspondantes pour apprendre à repérer quand on se trouve dans quelle conversation (discussion ou dialogue). Cela peut se faire dans l’observation d’une communication ou après celle-ci, par un retour réflexif. Il est également possible d’enregistrer un moment de communication pour y revenir ensuite. On peut analyser également la pertinence de l’approche privilégiée et ce qui a fait que nous choisissent l’une ou l’autre (ou que l’on glisse de l’une à l’autre).

Il peut être intéressant d’identifier des préférences, des tendances selon les situations et les personnes avec lesquelles on se trouve.


B) Pour développer le dialogue dans une relation individuelle ou dans un collectif

Il peut être utile de partager et concerter les repères proposés afin de définir des espaces de dialogue dans lesquels on s’efforce de respecter certaines « règles ».

Par exemple :

  • Acceptation : suspendre et éviter les jugements autant que possible
  • Curiosité : écouter, chercher à comprendre plutôt que persuader
  • Sincérité : parler de son expérience, en sachant qu’elle est subjective
  • Exploration : se questionner, aller à la découverte d’autres points de vue

On peut également convenir d’une démarche favorisant la prise et la circulation de la parole dans une approche de dialogue. Avec par exemple un ou deux tours de table pour commencer qui permette(nt) d’écouter chacun.e (voir cooperer.org/demarches, démarche 14).

Ces repères et les cartes « communication correspondantes peuvent aussi servir à une personne chargée de faciliter des conversations dans une approche de dialogue.